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vendredi 05 décembre 2008
TIC ET SANTE ANIMAL AU BURKINA FASO

  
Source de l'info : Coopfaso
Posté par bricek le vendredi 28 mars 2008. Modéré le lundi 22 septembre 2008 nombre de visites: 419
TIC ET SANTE ANIMAL AU BURKINA FASO

Le génie de Brice Korabié, le vétérinaire communicateur



Brice Korabié est vétérinaire de formation. Diplômé de l’Ecole Nationale de Santé Animal de Ouagadougou (ENESA) il s’est spécialisé dans les soins prophylactiques aux animaux de ferme et de compagnie. Depuis 8 ans, il parcourt de longues distances, juché sur sa moto, afin de redonner du tonus à ceux- là qu’il appelle ses patients, c'est-à-dire les animaux. Mais le plus intéressant dans l’histoire de ce voyageur infatigable, avide d’information sur le net, c’est sans doute la relation particulière qu’il est arrivé à tisser avec les technologies de l’information et de la communication. Au point de les intégrer dans sa démarche professionnelle, et d’en faire profiter aux nombreux éleveurs dont il suit quotidiennement les activités pastorales.

La passion pour les technologies de l’information et de la communication, Brice Korabié l’a acquise il y a à peine 5 ans. Frais émoulu de l’ENESA, il intègre alors l’association nouvelles technologies du Burkina Faso (NTBF) dont il dirigera plus tard, le vice secrétaire général. Quelques temps après, c’est une autre structure associative, le « grenier de la sagesse » qui fait appel à ses services pour assurer la coordination technique de son projet agropastoral. Fort de ces atouts et de la confiance qui lui est faite, le jeune vétérinaire met à profit les opportunités d’apprentissage qui lui sont offertes pour s’interroger sur la manière d’être plus professionnel et plus efficace dans le métier qui est le sien : la santé animal. Il ne lui faut pas longtemps pour comprendre que les éléments existent, et qu’il suffit d’un peu d’imagination et de créativité pour réussir : sa décision est prise ! Le maître mot de son action sera désormais, l’innovation.

Grâce à ses relations, il obtient deux téléphones portables, un appareil photo numérique, un ordinateur portable, auxquels va s’ajouter un logiciel de montage audiovisuel, fruit de son récent séjour au Canada. Armé de ses outils, il cible les villages de province comme objectif à atteindre. La raison en est simple : C’est dans ces zones qu’est concentrée la majeure partie du cheptel. Les propriétaires des domaines concernés ne disposant pas toujours de connaissances suffisantes pour mener à bien leurs activités, ils tombent rapidement dans de nombreux travers, guindés par l’amateurisme, et faute d’appuis conséquents. D’où la nécessité et l’urgence d’un encadrement adéquat. Au risque de les voir mettre en danger des pans entiers d’une économie, encore trop dépendants hélas, du secteur primaire.

Dans un premier temps, notre vétérinaire tente d’assurer un minimum de connectivité. Habilement, il demande aux responsables des fermes qui sont sous sa supervision, de bien vouloir acheter des téléphones portables à leurs éleveurs, afin que ces derniers puissent le joindre en cas de difficultés. Connaissant la mentalité générale, il sait qu’il touche là, à un point sensible : L’archaïsme des méthodes de production, soutenu par une absence de vision prospective. Contre toute attente l’opération est un franc succès : Dans leur ensemble, les patrons adhèrent à l’idée et se plient au jeu. Dès lors, le « veto » devient accessible à tout moment de la journée. N’était- ce pas cela l’objectif recherché ? En tout cas, lui s’estime satisfait. Surtout que les sollicitations sont devenues plus fréquentes, voire quotidiennes. Signe sans doute que le message est passé. Constamment sur le qui- vive, il répond présent dès que l’un ou l’autre de ses deux mobiles grésille, et peut désormais administrer les premiers soins à distance. Ce qui lui permet de gagner en temps et en efficacité.

Cette première équation résolue, Brice Korabié décide de passer à une autre étape. Celle qui consiste à intégrer de nouveaux outils dans son travail : La tactique consiste en un partage d’expériences entre les différents acteurs du domaine. Pour cela, il lui faut « impérativement » se munir supports capables d’emporter l’adhésion de ses interlocuteurs. En cela, il n’a pas tort. Car il faut reconnaître que d’une manière générale, la psychologie du monde rural fonctionne par effet d’entraînement : Comme dirait l’autre, « tant qu’ils n’ont pas vu, ils ne croiront pas ». il faut donc leur permettre de constater de visu, les bons exemples dont ils pourront s’inspirer par la suite.

Pour cela, le vétérinaire se sert de son appareil photo numérique pour immortaliser ce qu’il considère comme étant de bon résultats. Il constitue ainsi une banque d’images qu’il utilise dans ses séances de sensibilisation. Les éleveurs peuvent alors poser des questions à partir des images qui leur sont proposées. Ce procédé, tout comme celui de l’utilisation des montages vidéo, à l’avantage de stimuler une saine compétitivité. Dès l’instant où la preuve est faite que le voisin d’à côté ne s’en sort pas mal, la réaction la plus légitime qui soit, c’est celle de tout mettre en œuvre pour refuser le bonnet d’âne. On l’aura compris, il s’agit de fouetter l’orgueil individuel et collectif. D’ailleurs, tout porte à croire qu’il est dans l’intérêt de ces exploitants de se monter à la hauteur de la tâche. La rencontre qu’ils ont chaque année avec le Président du Faso n’est pas faite pour le démentir, dans la mesure où les plus méritants repartent toujours les bras chargés de présents et de reconnaissance.

Une chose est certaine, les différentes actions entreprises n’ont pas tardé à révéler leur pertinence. D’une part, la promptitude avec laquelle le vétérinaire Korabié agit à présent, a permis aux dires de l’intéressé lui- même, d’optimiser les rendements dans les zones d’intervention. Sur cette base poursuit- il, il a appuyé avec succès une communauté d’apiculteurs dans la région du centre. Le professionnalisme avec lequel ils travaillent depuis lors, a contribué à leur ouvrir d’autres opportunités. Notamment pour ce qui est de la production et de la vente de miel. Idem chez les bergers. Le fait de rester permanemment en communication avec eux, aurait eu comme effet de les rendre plus coopératifs, selon Brice Korabié. D’ordinaire, ils vivent « reclus » et considèrent la moindre présence étrangère comme une volonté de les espionner. Les temps ont changé, car désormais, ce sont eux qui manifestent leur désir de communiquer. Au contact du vétérinaire communicateur, ils se sont rendus compte que le repli communautaire n’était pas à leur avantage.


Quant à notre chercheur, il se réjouit « modestement » de ses prouesses. En alliant tic et santé animale, il n’avait pas pour but de recréer la roue. Voilà pourquoi, il envisage se lancer d’ici peu dans un programme d’ingénierie multimédia, afin d’explorer d’autres voies de promotion du monde rural. Une vision qui lui tient très à cœur. Ses connaissances ont d’ailleurs été sollicitées du côté de Niamey au Niger. Une invitation qu’il a honorée de sa présence : Coïncidence pour coïncidence, au moment où nous bouclions notre entretien avec lui, son téléphone portable se mettait à sonner à nouveau : Après avoir donné suite à la doléance exprimée par son interlocuteur, il se chargea de nous faire le compte- rendu : « Je dois aller à environ 15 km d’ici pour aider une vache en travail » dit- il, avant de s’en aller dans un fou rire.

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