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vendredi 05 décembre 2008
Alexandra, la Burkinabé de Montréal

  
Source de l'info : Brice KORABIE
Posté par bricek le jeudi 25 janvier 2007. Modéré le jeudi 25 janvier 2007 nombre de visites: 1291
La recherche du savoir conduit souvent à s’éloigner de son pays, et à s’expatrier. C’est le cas de Alexandra Sawadogo, une étudiante burkinabè. Elle est installée depuis sept mois à Montréal où elle poursuit des études supérieures d’informatique appliqué. Nous l’avons rencontrée lors de notre dernier séjour au Canada. Dans les lignes qui suivent, elle nous fait partager son quotidien.

Coopaso.net : Peut-on mieux vous connaître ?
Alexandra Sawadogo : je suis Alexandra Sawadogo, je viens du Burkina Faso et cela fait environ sept mois que je réside au Canada. Je suis étudiante à l’Université de Montréal en Informatique appliqué. C’est un certificat qui prend 30 crédits.

Coopfaso: Que faisiez vous au Burkina avant de venir à l’Université de Montréal ?
A.S : Au Burkina, j’étais étudiante à l’Université de Ouagadougou, en troisième année de langue Anglaise, mais avant cela, j’avais achevé un brevet de technicien supérieur (BTS) en informatique de gestion. C’est dans la quête d’un emploi qui tardait malheureusement à venir, que j’ai été poussée à m’inscrire au département de langue Anglaise de l’Université de Ouagadougou. C’est au cours de ma seconde année, que j’ai eu l’opportunité de venir à Montréal pour poursuivre mes études en Informatique.

Coopfaso: Comment s’est passé votre transfert de l’Université de Ouagadougou vers l’Université de Montréal ?
A.S : Je suis d’abord venue rejoindre ma famille. C’est à partir de là, que j’en ai profité pour entamer des études supérieures.

Coopfaso.net : Comment avez-vous trouvez le système d’enseignement à l’université de Montréal, en comparaison avec celui de Ouagadougou ?
A.S : L’enseignement à l’Université de Montréal réunit toutes les garanties de qualité et de sérieux, dans les programmes qui sont dispensés aux étudiants. Dans un autre sens, il faut aussi souligner que les cours sont orientés vers la recherche.
Au Burkina, le contraste est saisissant. Surtout en ce qui concerne la méthodologie. De même, il existe de grandes différences en ce qui concerne l’utilisation de la technologie dans l’enseignement…
Ici à l’Université de Montréal, et pour une première session, il faut d’abord chercher ses repères : C'est-à-dire, tenter de comprendre la logique du système d’enseignement que l’on intègre ainsi que les travaux en équipe. Car seul, il y a très peu de chances de s’en sortir.
Les cours des professeurs sont offerts sur Internet et chaque enseignant a son site web personnel. Les cours et les devoirs se passent sur Internet, c’est à l’étudiant d’aller sur la toile web les rechercher et les traiter. Contrairement au Burkina ou il n’y pas de travaux suivis, ici tous les professeurs ont des Travaux Pratiques (TP) à faire, et il y a autant de Travaux Pratiques que de cours. Naturellement cela s'associe aussi avec des cours théoriques que nous recevons en classe. Ce rythme est vraiment infernal pour les nouveaux. Mais à la longue, on s’y habitue.
Pour l’instant, je suis au troisième mois de la session, puisqu’elle a débuté en septembre. J’ai eu le temps de m’habituer aux programmes de l’Université et l’intégration s’est bien faite avec les autres étudiantes.
A priori, le courant passe mieux avec les étudiants étrangers c’est à dire ceux d’autres pays. C’est avec eux qu’il y a la possibilité d’apprendre les petites astuces, et le côté pratique des choses..

Coopfaso: A vous entendre parler, on vous offre vraiment des programmes de qualité ! Mais quel est le coût de la formation à l’Université de Montréal ?
A.S : Je ne peux pas vous donner avec précision le coût, mais je l’avoue, ici les frais de formation sont très chers pour des étudiants étrangers. Voila pourquoi ceux qui viennent ici pour étudier soit par le biais de leurs parents ou avec des bourses d’études, sont financés pour les premières années. Le reste du temps c’est à l’étudiant lui même de travailler pour prendre en charge certains de ses besoins (la restauration, l’habillement…) Là encore, ce n’est pas évident pour les étudiants étrangers, parce qu’il sont obligés de travailler à temps plein à l’Université (ce qui fait environ quatre cours) et ont très peu de temps pour se consacrer à autres choses. Même financés , les etudiants étrangers ne peuvent honnorer à eux seuls les frais universitaires qui s'elèvent à environt 5000 à 6000$, en tout cas c'est rare ceux qui arrivent à le faire.

Pour les étudiants canadiens, les frais universitaires ne sont pas très coûteux, en considération du niveau de vie du pays. Mais ces frais, convertis en Franc CFA (monnaie locale du Burkina) sembleraient hors de portée pour les burkinabé.

Coopfaso : Que diriez-vous aux étudiants africains et particulièrement à ceux du Burkina qui rêvent d’étudier au canada ?
A.S : C’est vraiment beau de rêver, chacun en a le droit. D’autant plus que détenir un diplôme dans l’une des prestigieuses Universités du Canada est quelque chose de très honorable. Mais à quel prix ? Souvent l’on se dit qu’une fois « au froid » (expression tirée du jargon populaire pour désigner l’occident) tout est rose et que les choses iront comme sur des roulettes.
C’est peut être vrai, mais ici au Canada le quotidien est un cocktail de défis à relever. Il faut lutter pour se faire une « place » et conjuguer tout cela avec les études.
Pour ceux qui bénéficient d’une bourse d’étude, cela ne pose pas de problème. En revanche, l’affaire se complique pour ceux qui s’auto financent. Le problème se pose avec d’autant plus d’acuité, que depuis les débuts jusqu’à la fin des études, cela représente un gros budget. Sans oublier qu’au terme de ce tout ce processus, il va falloir se trouver un emploi dans son pays d’origine. Ce qui n’est pas évident. Bien souvent, la déception et la frustration sont au bout du compte. Ce qui occasionne tout naturellement la fuite des cerveaux vers d’autres horizons. Ce que je peux donc dire à ceux qui nous lisent, c’est de s’accrocher… A la fois là où ils se trouvent, et ici au Canada, s’ils ont l’opportunité d’y venir poursuivre leurs études.

Propos recueillis par Brice Korabié

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