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mercredi 07 janvier 2009
L’ENFANCE VOLEE

  
Source de l'info : Tableau d'ensemble de la situation du trafic d'enfants au Burkina Faso
Posté par didi le mercredi 25 février 2004. nombre de visites: 837
« Des enfants transformés en de vulgaires marchandises. Des adultes qui s’enrichissent de cette ignoble transaction. Une société qui se voile la face pour ne pas voir la honte. Tel est le décor d’un mauvais spectacle dont nous sommes tous acteurs ».

Si nous ne le savions pas encore, il est à présent temps de se rendre à l’évidence, nos enfants ont une valeur marchandise qui fait courir plusieurs catégories de courtiers sans scrupule aucun, et sur laquelle se construisent des fortunes colossales sous nos yeux malheureusement indifférents sinon complices. Ces dix dernières années, le phénomène du trafic d’enfants au Burkina Faso, et particulièrement dans certaines provinces frontalières comme celles du Sud-Ouest, peut s’appréhender comme un réel problème de développement au même titre que le paludisme ou l’infection à VIH-SIDA. Malheureusement, jusqu’à très récemment, pas grand monde ne s’en était encore ému. En outre, les données statistiques concernant le phénomène ne sont pas légion, d’où une réelle difficulté à les collecter et à les analyser. Pour diverses raisons, ceux qui peuvent aider à mesurer l’ampleur du mal préfèrent, la plupart du temps, observer la loi du silence. Auraient-ils peur des représailles de la part des organisations mafieuses qui sont tapies dans l’ombre et qui tirent les ficelles ?

La notion du trafic d’enfants est assez complexe à appréhender pour les personnes avisées a fortiori le grand public qui se perdrait aisément dans le labyrinthe des approches, des conventions et autres traités internationaux dont il a fait l’objet. Dans une étude qui date de décembre 2001, Terre des Hommes / Allemagne examine la notion du trafic d’enfants du double point de vue historique et économique. Cette étude introduit aussi la notion juridique du trafic d’enfants en reprenant une définition proposée par le Ministre de l’Emploi, du Travail et de la Sécurité Sociale en date du 16 juin 2000. Selon cette définition, « La notion de trafic désigne l’ensemble d’un processus et des conditions par lesquels un enfant est retiré du champ de la protection et de l’autorité parentale pour être objet de transaction et soumis à des conditions inhumaines de vie et de travail.

Face à l’ampleur du phénomène et aux graves conséquences socio-économiques dont il est la cause, le législateur burkinabè ne pouvait pas ne pas se pencher sur le cas du trafic d’enfants. En effet, une loi a été introduite à l’Assemblée Nationale courant 2003 qui définit le trafic d’enfants comme « tout acte par lequel un enfant est recruté, transporté, transféré ou accueilli, à l’intérieur ou à l’extérieur du territoire burkinabè par un ou plusieurs trafiquants au moyen de menaces et d’intimidation par la force ou d’autres formes de contraintes, de détournements, de fraudes ou supercheries, d’abus de pouvoir ou d’exploitation de la situation de vulnérabilité d’un enfant ou dans le cas d’offre ou réception de rémunération en vue d’obtenir le consentement d’une personne ayant pouvoir de contrôle sur lui à des fins d’exploitation économique, sexuelle, d’adoption illicite, d’union matrimoniale précoce ou forcée ou à toute autre fin préjudiciable à la santé, au développement physique, mental et au bien-être de l’enfant ».

Comme on peut le constater, le spectre de cette définition est très large. Si l’on applique la loi à la lettre, combien serions-nous à tomber sous le chef d’inculpation de trafic ou de complicité de trafic d’enfants ? Toutefois, il faut préciser que toute circulation d’enfants n’est pas synonyme de trafic d’enfants. Celui-ci est constaté seulement si les trois critères suivants sont réunis :
  • la présence d’un intermédiaire ;
  • la réalisation d’une transaction ;
  • un objet d’exploitation de l’enfant.

    Le trafic d’enfants est-il un phénomène circonscrit dans seulement quelques provinces du Faso ? Là-dessus, il faut se détromper ; les rares études consacrées au phénomène révèlent qu’aucune partie du territoire national n’est épargné. Evidemment, certaines provinces notamment celles qui sont situées sur des frontières avec des pays voisins, sont plus touchées que les autres. De celles-ci sont les provinces du Sud-Ouest. Mais des provinces comme le Boukiemde, le Yatenga, le Kourwéogo, le Namentenga, le Sanguié, le Zoundweogo et le Boulgou sont aussi touchées par le phénomène dans des proportions inquiétantes.


    D’après les maigres statistiques disponibles, la razzia opérée chez les filles est plus importante que chez les garçons. Ce constat serait lié au fait que moins de filles sont scolarisées et par conséquent, constituent des proies idéales pour les réseaux de recruteurs. Qu’ils soient filles ou garçons, les victimes alimentent deux formes majeures de trafic d’enfants : le trafic interne et le trafic transfrontalier. Au plan interne, le phénomène présente plusieurs visages dont le plus connu est le déplacement des enfants domestiques et d’aides familiales dans les ménages urbains. Qui de nous peut prétendre qu’il n’héberge pas à la maison une bonne à tout faire ou un petit boy à qui nous dénions parfois les droits les plus élémentaires ? Savons-nous seulement que toutes ces gamines si familières à notre décor de citadin à la bonne conscience à qui nous achetons arachides, oranges et autres boissons rafraîchissantes sont des victimes de ce business d’un nouveau genre ? D’autres enfants, sans transition, découvrent la dure réalité du monde des adultes dans les exploitations agricoles, l’innommable secteur informel aux mille facettes et dans les sites aurifères notamment du Sud-Ouest.

    S’agissant du trafic transfrontalier, il draine chaque jour que Dieu fait un nombre important d’enfants vers certains pays voisins, en particulier la Côte d’Ivoire (83%), le Bénin (14%) et le Ghana (1,4%) réputés être des paradis. Ce phénomène est particulièrement poignant dans les provinces frontalières comme le Houet, le Kenedougou, la Comoe, la Leraba, le Pony, le Noubiel… D’autres pays voisins tels le Togo, le Mali et le Niger attirent, eux-aussi, chaque année un flot important d’enfants burkinabè. Certains de ces enfants, sous la férule de passeurs professionnels, se retrouvent même aux confins du Nigeria, du Cameroun et du Gabon après des semaines voire des mois de tribulations indescriptibles. Une proportion marginale d’enfants en provenance du Séno alimenterait même une filière saoudienne.

    Après ce tour d’horizon, intéressons-nous à présent aux causes qui peuvent pousser un père, une mère ou tout autre ascendant à jeter un enfant dans les tentacules d’individus aux motivations plus que douteuses ? Les acteurs de cette traite négrière des temps modernes, qui vivent parmi nous et avec qui nous prenons le pot au maquis du quartier n’éprouvent-ils aucun remords à briser des vies humaines ? On se posera toujours ces questions et tant d’autres, mais personne ni rien ne nous convaincra à trouver de circonstances atténuantes aux différents acteurs qui opèrent sur la chaîne du trafic d’enfants.

    Au hit-parade des causes du trafic d’enfants, les études retiennent la pauvreté – quand tu nous tiens ! – et la recherche d’argent, les traditions migratoires des populations, les lacunes du système éducatif et le faible taux de scolarisation. La forte natalité serait aussi une variable favorable au phénomène en cela que, les parents en milieu rural étant assez pauvres, ils encourageraient eux-mêmes leur progéniture à tenter leur chance sous d’autres cieux jugés plus cléments. On notera aussi que beaucoup de parents et d’enfants mettent le doigt à l’engrenage simplement parce qu’ils ignorent tout des conséquences dommageables du trafic d’enfants. Ceux-là, sans le vouloir, alimentent la filière et ont un réveil douloureux lorsqu’ils découvrent, sur le tard, la triste réalité.

    Autres causes que retiennent les études disponibles, ce sont surtout les pesanteurs socio-culturelles qui sont souvent très fortes dans les zones de départ des enfants. Beaucoup d’enfants et de parents complices des ambitions de ceux-ci tombent sous les fourches caudines des trafiquants pour la simple et unique raison qu’ils veulent rompre la chaîne de misère qui a été jusque-là leur seule perspective. Par ailleurs, certaines petites filles voulant échapper au mariage forcé, se livrent pieds et poings liés, en toute naïveté, aux recruteurs d’enfants en qui elles croyaient trouver la solution à leur tragique destin. Il faut signaler aussi que beaucoup d’orphelins « ordinaires » ou du SIDA, d’enfants mono-parentaux, en situation d’échec social… viennent gonfler le potentiel de « clients » des recruteurs qui écument les contrées rurales du Faso à la recherche de proies faciles. Enfin, la recherche du savoir coranique transforme beaucoup d’innocents en victimes consentantes de marabouts et maîtres coraniques qui ne sont pas exempts de tout reproche.

    Que dire des conséquences du trafic d’enfants ? Elles sont nombreuses et particulièrement graves pour les enfants d’abord dont certains seront marqués à jamais des séquelles des mauvais traitements qu’ils ont subis. Certains n’auront même pas la « chance » de montrer ces séquelles en guise de témoignage d’une expérience malheureuse qu’ils auront vécue parce qu’ils y auront perdu la vie.

    Les conséquences les plus courantes cataloguées par les études sont les violences verbales, les sévices corporels, les accidents de travail dont certains conduiront à des handicaps irréversibles, des troubles divers de la personnalité, la sous-alimentation…Il y a aussi que le trafic d’enfants n’est pas étranger au phénomène d’enfants de la rue et d’enfants dans la rue qui est une fabrique de délinquants mineurs. Un nombre conséquent de prostitués des deux sexes, de drogués, de revendeurs de stupéfiants, de voleurs à la tire… proviennent de cette filière. Une proportion importante de fillettes confiées aux soins de recruteurs finit leur parcours dans des bars malfamés ou des maisons closes où elles doivent assouvir les fantasmes d’adultes irresponsables. Là, elles subissent toutes sortes de violences sexuelles et d’humiliations inimaginables. Dès lors, on comprend donc aisément que ces filles soient plus enclines à contracter des grossesses indésirées avec à la clé des avortements provoqués, et constituent une population à risque pour l’infection aux IST/SIDA.

    Si les enfants et leurs parents sont les premières victimes de ce drame silencieux qui se joue sous nos yeux, nous devons nous résoudre à admettre, avec courage, que le trafic d’enfants, tout comme le SIDA, s’attaque à la substance de notre société, à savoir sa jeunesse, son avenir. Les enjeux sont donc suffisamment clairs et si nous ne réagissons pas énergiquement, nous pourrions ne pas occuper valablement notre place au concert des Nations qui comptent.

    Diarra DIAKITE
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