TIC ET SANTE ANIMALE AU BURKINA FASO
Le génie de Brice Korabié, le vétérinaire communicateur
Brice Korabié est vétérinaire de formation. Diplômé de l’école nationale de santé animale de
Ouagadougou (ENSA) il s’est spécialisé dans les soins prophylactiques aux animaux de ferme
et de compagnie. Depuis 8 ans, il parcourt de longues distances, juché sur sa moto, afin de
redonner du tonus à ceux-là qu’il appelle ses patients, c'est-à-dire les animaux. Mais le plus
intéressant dans l’histoire de ce voyageur infatigable, avide d’informations sur le net, c’est
sans doute la relation particulière qu’il est arrivé à tisser avec les technologies de
l’information et de la communication. Au point de les intégrer dans sa démarche
professionnelle, et d’en faire faire profiter aux nombreux éleveurs dont il suit
quotidiennement les activités pastorales.
La passion pour les technologies de l’information et de la communication, Brice
Korabié l’a acquise il y a à peine 5 ans. Frais émoulu de l’ENSA, il intègre alors l’association
nouvelles technologies du Burkina Faso (NTBF) dont il dirigera plus tard, le vice secrétariat
général. Quelques temps après, c’est une autre structure associative, le « grenier de la
sagesse » qui fait appel à ses services pour assurer la coordination technique de son projet
agropastoral. Fort de ces atouts et de la confiance qui lui est faite, le jeune vétérinaire met à
profit les opportunités d’apprentissage qui lui sont offertes pour s’interroger sur la manière
d’être plus professionnel et plus efficace dans le métier qui est le sien : la santé animale. Il ne
lui faut pas longtemps pour comprendre que les éléments existent, et qu’il suffit d’un peu
d’imagination et de créativité pour réussir : Sa décision est prise ! Le maître mot de son action
sera désormais, l’innovation.
Grâce à ses relations, il obtient deux téléphones portables, un appareil photo
numérique, un ordinateur portable, auxquels va s’ajouter un logiciel de montage audiovisuel,
fruit de son récent séjour au Canada. Armé de ses outils, il cible les villages de province
comme objectif à atteindre. La raison en est simple : C’est dans ces zones qu’est concentrée la
majeure partie du cheptel. Les propriétaires des domaines concernés ne disposant pas toujours
de connaissances suffisantes pour mener à bien leurs activités, ils tombent rapidement dans de
nombreux travers, guindés par l’amateurisme, et faute d’appuis conséquents. D’où la
nécessité et l’urgence d’un encadrement adéquat. Au risque de les voir mettre en danger des
pans entiers d’une économie, encore trop dépendants hélas, du secteur primaire.
Dans un premier temps, notre vétérinaire tente d’assurer un minimum de connectivité.
Habilement, il demande aux responsables des fermes qui sont sous sa supervision, de bien
vouloir acheter des téléphones portables à leurs éleveurs, afin que ces derniers puissent le
joindre en cas de difficultés. Connaissant la mentalité générale, il sait qu’il touche là, à un
point sensible : L’archaïsme des méthodes de production, soutenu par une absence de vision
prospective. Contre toute attente l’opération est un franc succès : Dans leur ensemble, les
patrons adhèrent à l’idée et se plient au jeu. Dès lors, le « veto » devient accessible à tout
moment de la journée. N’était-ce pas cela l’objectif recherché ? En tout cas, lui s’estime
satisfait. Surtout que les sollicitations sont devenues plus fréquentes, voire quotidiennes.
Signe sans doute que le message est passé. Constamment sur le qui-vive, il répond présent dès que l’un ou l’autre de ses deux mobiles grésille, et peut désormais administrer les
premiers soins à distance. Ce qui lui permet de gagner en temps et en efficacité.
Cette première équation résolue, Brice Korabié décide de passer à une autre étape.
Celle qui consiste à intégrer de nouveaux outils dans son travail : La tactique consiste en un
partage d’expériences entre les différents acteurs du domaine. Pour cela, il lui faut
« impérativement » se munir supports capables d’emporter l’adhésion de ses interlocuteurs.
En cela, il n’a pas tort. Car Il faut reconnaître que d’une manière générale, la psychologie du
monde rural fonctionne par effet d’entraînement : Comme dirait l’autre, « tant qu’ils n’ont pas
vu, ils ne croiront pas ». Il faut donc leur permettre de constater de visu, les bons exemples
dont ils pourront s’inspirer par la suite.
Pour cela, le vétérinaire se sert de son appareil photo numérique pour immortaliser ce
qu’il considère comme étant de bons résultats. Il constitue ainsi une banque d’images qu’il
utilise dans ses séances de sensibilisation. Les éleveurs peuvent alors poser des questions à
partir des images qui leur sont proposées. Ce procédé, tout comme celui de l’utilisation des
montages vidéo, à l’avantage de stimuler une saine compétitivité. Dès l’instant où la preuve
est faite que le voisin d’à côté ne s’en sort pas mal, la réaction la plus légitime qui soit, c’est
celle de tout mettre en œuvre pour refuser le bonnet d’âne. On l’aura compris, il s’agit de
fouetter l’orgueil individuel et collectif. D’ailleurs, tout porte à croire qu’il est dans l’intérêt
de ces exploitants de se montrer à la hauteur de la tâche. La rencontre qu’ils ont chaque année
avec le Président du Faso n’est pas faite pour le démentir, dans la mesure où les plus méritants
repartent toujours les bras chargés de présents et de reconnaissance.
Une chose est certaine, les différentes actions entreprises n’ont pas tardé à révéler leur
pertinence. D’une part, la promptitude avec laquelle le vétérinaire Korabié agit à présent, a
permis, aux dires de l’intéressé lui-même, d’optimiser les rendements dans les zones
d’intervention. Sur cette base poursuit-il, il a appuyé avec succès une communauté
d’apiculteurs dans la région du centre. Le professionnalisme avec lequel ils travaillent depuis
lors, a contribué à leur ouvrir d’autres opportunités. Notamment pour ce qui est de la
production et de la vente de miel. Idem chez les bergers. Le fait de rester permanemment en
communication avec eux, aurait eu comme effet de les rendre plus coopératifs, selon Brice
Korabié. D’ordinaire, ils vivent « reclus » et considèrent la moindre présence étrangère
comme une volonté de les espionner. Les temps ont changé, car désormais, ce sont eux qui
manifestent leur désir de communiquer. Au contact du vétérinaire communicateur, ils se sont
rendus compte que le repli communautaire n’était pas à leur avantage.
Quant à notre chercheur, il se réjouit « modestement » de ses prouesses. En alliant tic
et santé animale, il n’avait pas pour but de recréer la roue. Voilà pourquoi, il envisage se
lancer d’ici peu dans un programme d’ingénierie multimédia, afin d’explorer d’autres voies
de promotion du monde rural. Une vision qui lui tient très à cœur. Ses connaissances ont
d’ailleurs été sollicitées du côté de Niamey au Niger. Une invitation qu’il a honorée de sa
présence : Coïncidence pour coïncidence, au moment où nous bouclions notre entretien avec
lui, son téléphone portable se mettait à sonner à nouveau : Après avoir donné suite à la
doléance exprimée par son interlocuteur, il se chargea de nous faire le compte-rendu : « Je
dois aller à environ 15 km d’ici pour aider une vache en travail » dit-il, avant de s’en aller
dans un fou rire.
Juvénal Somé
Le Véto Communicateur
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